Il n'y a plus rien à voir
?
Il n'y a plus rien à voir

"C’est avec cette aporie que Nassim Azarzar conceptualise un projet protéiforme embrassant une réflexion autour du médium photographique et des modes de compréhension du monde. Si l’exposition ouvre avec un dispositif familier, 60 worlds in a box présente des photographies polaroids sous verre classées dans une boite en bois, rappelant un mode de classification scientifique et systémique, ce n’est que pour mieux affirmer dans ses autres propositions l’inéluctabilité du passage et du glissement de toutes choses, voire l’épuisement des formes, et par là l’échec de la grille de lecture rationaliste comme méthode unique de production des connaissances.

Le détournement du support photographique par Azarzar témoigne de son intérêt pour une quête heuristique davantage motivée par le bonheur de l’expérimentation que la recherche d’une vérité absolue. La vision, régnant au-dessus des autres sens depuis la Renaissance, fonde un modèle unique de connaissance du monde où les techniques de représentation doivent ainsi être au service de cet outil de mesure à l’échelle de l’Homme. La photographie, symbolisant par excellence le mariage de la technique et de la vision, contribue à se débarrasser de la subjectivité de la peinture et abolit ainsi l’authenticité du geste comme garant d’une œuvre. En s’intéressant davantage au processus de fixation de l’image qu’à l’image, Azarzar affirme l’importance de la matière sur la forme dans une démarche ontologique et universelle, où comment comprendre l’immesurable, comment dire l’innommable, comment représenter le sublime.

C’est ainsi que les modes de production de l’artiste, fussent-ils la photographie, la sérigraphie ou la vidéo, sont au service d’une compréhension du monde dans une volonté de renouveler notre grille cognitive. En effet, si l’impulsion séminale consiste à éclater la chimie du support photographique et affirme la primauté du geste sur la technique, les déclinaisons en œuvre dans les séries Blow up, Collisions et Comment devenir guide de montagne ? mettent moins en avant des artefacts que la possibilité d’une vie autonome des formes, où l’artiste se définit davantage en tant qu’ « observateur » ou accompagnateur, qu’auteur, dans une volonté de défier les deux grandes entités modernes antonymes, la nature et la culture. Ces visions d’un monde intérieur et prophétique que l’artiste tente, entre fascination et déception, d’en saisir un instant, un état, arrivent à leur état paroxystique dans la vidéo Comment devenir guide de montagne ? Le spectateur est happé dans un univers où les formes, transperçant leur format et support initial, deviennent un axe de rotation autonome et auto-suffisant, ou pour reprendre la métaphore de l’artiste « leur propre planète » où l’Homme n’est que le témoin désincarné d’un monde dont il est absent.

La temporalité semble également abolie au sein de l’exposition. Ce nouveau monde dont Azarzar nous offre les prémices est-il ainsi celui de la nature, d’un monde qui préexiste indépendamment des intentions humaines, ou au contraire celui d’un monde après l’Homme, posant une question éminemment contemporaine : qu’advient-il du monde après que l’Homme ait épuisé son image ?"

Maud Houssais
Curatrice et chercheuse en histoire de l'art



Topography
Blue_Format.
Black_panther.
Worlds Within Worlds
Dans les égouts la lune
Stelae
Écrans
?